Malgré les dispositifs de lutte contre le harcèlement scolaire mis en place, le fléau persiste et ne cesse de faire des victimes dans les établissements scolaires. Dans les cas les plus extrêmes, il laisse des séquelles psychologiques irréversibles. C’est pour combattre ce phénomène qu’est apparue la méthode PIKAS. Voici ce qu’il faut connaître de cette approche qui prime la médiation scolaire pour mettre un terme à ce fléau.
Qu’est-ce que la méthode PIKAS ?
La méthode PIKAS compte parmi les méthodes de résolution de harcèlement qui se généralisent dans les établissements scolaires.
Comment définir la méthode PIKAS ?
La méthode PIKAS lutte contre le harcèlement moral perpétré à l’encontre des élèves dans les écoles. Elle se résume à un enchaînement d’entretiens individuels avec les auteurs et les victimes de l’intimidation afin d’aboutir à une solution à long terme. Un ou plusieurs adultes mènent ces entretiens jusqu’à résolution de la situation.
La technique se démarque par son protocole non punitif. L’approche non blâmante refuse de blâmer les harceleurs. Elle recherche plutôt leur empathie et les invite à changer de posture pour sortir de la crise. Sa particularité réside aussi dans son adaptabilité à toutes les formes de harcèlements : menaces, exclusion, moqueries… mais permet aussi de traiter les situations de souffrance relationnelle où le harcèlement n’est pas avéré mais la souffrance de l’élève bien réelle.

Quels sont les fondements de la méthode PIKAS ?
La méthode PIKAS repose sur l’accompagnement au changement de posture des élèves pour modifier la dynamique relationnelle du groupe en guise de moyen de résolution du problème. Elle associe le harcèlement et toutes les formes d’intimidation à un piège dans lequel tout le monde peut tomber, mais ne peut en sortir seul.
| Fondement | Ce que cela implique concrètement |
| Implication des élèves | Les élèves participent activement à la résolution du conflit |
| Recherche des causes profondes | Analyse de la dynamique de groupe plutôt que la focalisation sur la faute |
| Intervention d’un professionnel formé | Encadrement structuré et posture neutre |
| Approche non blâmante | Absence d’étiquetage et priorité donnée à l’empathie |
Dans un souci de bien-être scolaire, il fournit un accompagnement bienveillant envers la victime tout en incitant son harceleur à réveiller des sentiments positifs, en l’occurrence de l’empathie.
La petite histoire de la méthode
La méthode PIKAS est l’œuvre du professeur de psychologie Anatole PIKAS. Elle a vu le jour dans les années 70. De l’anglais « shared concern method », la technique répond aussi aux dénominations de : méthode de la préoccupation partagée et méthode des intérêts communs.

Le professeur définit le harcèlement comme un phénomène de groupe engendré par un harceleur qui exerce une pression sur chaque membre afin de s’assurer une place dans le groupe. Dans ce contexte, toute sanction peut venir renforcé le harcèlement au lieu de le stopper. Au moyen d’une éducation positive, elle veut ainsi casser cette unité par l’instauration d’un sentiment positif.
La technique part donc du principe que le harceleur est lui-même emprisonné dans une dynamique de harcèlement et elle compte alors sur l’empathie d’au moins une partie des élèves pour modifier la dynamique relationnelle et libérer le harceleur du schéma de culpabilisation.
Comment se déroulent les protocoles d’entretien dans la méthode PIKAS ?
La méthode commence par une écoute bienveillante et neutre de la victime. Les auteurs et les élèves qui gravitent autour sont ensuite rencontrés de manière brève et avec un protocole précis visant à la fois à protéger la victime et à amener un changement de posture des élèves. En toutes circonstances, la parole de la victime reste confidentielle.
L’importance du dialogue dans une atmosphère sereine
La méthode refuse toute forme de jugement et condamne les étiquettes collées sur les protagonistes, sachant qu’elle croit à la non-intentionnalité du groupe. Elle estime que les harceleurs demeurent inconscients de leurs actes.
La méthode part également du principe qu’une sanction, souvent demandée par les parents de la victime, peut s’avérer délétère et renforcer le mécanisme.
Ce postulat influence alors les actions des adultes qui interviennent. Celui-ci se détourne d’une approche disciplinaire et manichéenne. Il pose un cadre sécurisant, invitant au changement de posture. L’adulte crée une relation de confiance avec les protagonistes par une écoute active, une écoute empathique et une posture bienveillante.
Quelles sont les différentes étapes du dialogue ?
Plusieurs prérequis et étapes conditionnent le succès de l’approche :
- La mise en place d’une cellule PIKAS composée d’enseignants, de surveillants ou d’agents n’ayant aucun pouvoir coercitif ;
- Une rencontre individuelle avec tous les protagonistes afin d’obtenir un maximum de données : un échange avec le harceleur, un échange avec la victime et un échange avec le témoin ;
- L’organisation d’une rencontre entre adultes en vue de solutionner le problème et de sortir les protagonistes de la spirale ;
| Étape | Objectif |
| Création de la cellule PIKAS | Encadrer la démarche |
| Entretiens individuels | Comprendre les rôles et les perceptions |
| Réunion de résolution | Construire une solution collective |
| Suivi et évaluation | Vérifier la durabilité des changements |
La technique prend le parti pris de vouloir que la situation s’arrête et se détourne ainsi de l’enquête (sauf en cas d’agissements graves). Elle se poursuit par un accompagnement de la victime. Elle se termine sur une évaluation et un suivi de l’équipe afin de s’assurer de son succès.
Un impact rapide et sur le long terme
Les adultes intervenants peuvent être : personnel médico-social, enseignant et personnel éducatif, car la méthode se veut être une réponse collective à un conflit de groupe non-intentionnel. Chaque intervenant se voit confier des rôles différents qui convergent vers la volonté de sortir du cercle vicieux. La coopération qui en résulte garantit la réussite de la méthode et assure un impact rapide et à long terme
Aussi, la technique maintient un effet positif à long terme. Elle conduit au changement de comportement. Elle porte un regard nouveau sur la faculté sociale des élèves.
Pourquoi la méthode PIKAS est-elle complémentaire aux sanctions disciplinaires ?
La méthode brise le cercle vicieux de la tyrannie collective et permet aussi d’accompagner des élèves en souffrance en dehors de situations de harcèlement avéré.
Quel est le pouvoir de la méthode PIKAS ?
La méthode met un point d’honneur à attribuer une certaine faculté au professionnel, il ne se sent plus démuni face au harcèlement et une fois bien en place, la méthode demande peu de temps :
| Ce qu’elle peut faire avec l’intimidateur | Ce qu’elle peut faire avec la victime |
| Déconstruire l’effet de groupe | Proposer un espace sécurisé propice à une discussion sans risque dans un climat scolaire de confiance |
| Inciter à résoudre le problème | Créer une relation de confiance |
| Développer l’empathie et aider à la recherche de solutions | Lui ôter son sentiment de culpabilité |
La méthode fournit ainsi une manière de guider les protagonistes dans une dynamique positive.
Quelles sont les limites de la méthode PIKAS ?
Les adultes peuvent éprouver de la difficulté à réveiller l’empathie de l’intimidateur, car celui-ci n’est pas dans l’obligation de coopérer et peut nier toute responsabilité. Mais cela n’est pas essentiel dans la résolution car d’autres élèves peuvent faire évoluer leur posture et ainsi stopper la dynamique de groupe et de fait, la situation de harcèlement ou de souffrance.
Dans un souci de transparence, l’établissement note les actions menées, consigne la parole de la victime, assure le suivi de la situation jusqu’à résolution, évalue la gravité des actions rapportées pour discerner et choisir ses actions (méthode Pikas et/ou sanctions). Il peut aussi assurer le suivi avec la famille en explicitant sa démarche afin de la rendre partenaire.
La méthode PIKAS exclut-elle les sanctions disciplinaires ?
Bien que la méthode se détourne des sanctions classiques, elle ne s’oppose pas à cette pratique. Son objectif est avant tout de tenter de stopper le harceleur. Elle utilise la sanction en dernier recours, quand toutes les tentatives ont été vaines, ou si la gravité des actes l’impose.
Dans ce cas, la pratique ne relève plus du devoir du personnel, mais du chef de l’établissement.

Comment appliquer la méthode PIKAS ?
Connaître les fondements de la méthode PIKAS demeure insuffisant pour garantir son succès. Sa maîtrise est indispensable pour atteindre son objectif, d’où l’importance d’une formation. Une préparation permet d’adopter la meilleure posture et réaliser un discours convaincant, discuter avec les protagonistes de manière efficace et de résoudre le conflit.
De plus, les établissements scolaires ont observé un décalage important entre les injonctions institutionnelles et la réalité sur le terrain. La formation rapproche autant que possible les exigences institutionnelles à la situation des élèves. Elle garantit la sécurité des victimes tout en minimisant les risques. Elle réduit aussi considérablement le temps imparti pour la gestion de ces situations, alors que sans formation cela s’avère souvent chronophage, épuisants tout en débouchant sur beaucoup de frustration pour tout le monde (personnels, élèves et familles).
Tout savoir sur la méthode PIKAS
Qu’est-ce que la méthode PIKAS ?
La méthode PIKAS est un protocole de médiation scolaire conçu pour stopper une situation de harcèlement sans recourir immédiatement à la sanction. Développée dans les années 1970 par le psychologue suédois Anatole Pikas, elle repose sur des entretiens individuels visant à faire émerger la responsabilité collective et à susciter une prise de conscience chez les élèves impliqués.
Son objectif est de désamorcer la dynamique de groupe à l’origine du harcèlement en favorisant le dialogue, l’écoute et la recherche de solutions concrètes.
Qui peut mettre en place la méthode PIKAS dans un établissement scolaire ?
La méthode PIKAS peut être mise en place par différents professionnels de l’éducation et du soutien scolaire, à condition qu’ils aient été formés à son protocole spécifique. Elle est généralement animée par :
– des enseignants volontaires,
– des personnels éducatifs (surveillants, CPE),
– des personnels médico-sociaux (psychologues scolaires, infirmiers),
– des coordinateurs de vie scolaire.
Comment devenir capable d’appliquer la méthode PIKAS ?
Pour mettre en œuvre la méthode PIKAS de façon sûre et structurée, il est recommandé de suivre une formation spécialisée. Notre formation Méthode PIKAS pour la prévention du harcèlement scolaire vous apporte :
– une maîtrise pratique des étapes du protocole,
– des outils concrets pour animer les entretiens,
– des conseils pour adapter la méthode à votre établissement,
– un accompagnement pour prévenir et traiter les situations de harcèlement.

